Pourquoi Kia est-elle la voiture la plus volée ?

On retrouve régulièrement des Kia dans les classements des voitures les plus volées, aux États-Unis comme au Canada. Le phénomène a pris une ampleur telle qu’il porte un nom : la méthode « Kia Boys ». Derrière ce surnom se cache une faille technique précise, amplifiée par les réseaux sociaux et par des choix industriels qui ont mis du temps à être corrigés.

Absence d’immobiliseur sur les Kia : la faille technique au cœur du problème

La plupart des articles listent les modèles volés sans expliquer pourquoi c’est si simple. Le point de départ, c’est un composant que presque tous les constructeurs intègrent depuis des années : l’immobiliseur électronique. Ce dispositif empêche le démarrage du moteur sans la clé ou la puce associée.

A découvrir également : Quel délai pour se retourner contre un vendeur de voiture professionnel ?

Sur les Kia et Hyundai essence produites entre 2011 et 2021, cet immobiliseur était tout simplement absent sur de nombreuses versions. Un tournevis et un câble USB suffisent pour forcer le contacteur et lancer le moteur. L’opération prend moins de deux minutes pour quelqu’un qui connaît la manipulation.

Pour un voleur, cela signifie qu’il n’a besoin ni de matériel électronique coûteux, ni de compétences avancées. La barrière d’entrée est quasi nulle, ce qui explique que des adolescents sans expérience reproduisent la technique après avoir visionné quelques vidéos.

A voir aussi : Gardez-vous le pied sur l’embrayage lorsque vous êtes arrêté à un feu rouge ?

Un technicien en sécurité automobile inspectant la serrure d'une Kia Rio blanche dans une rue résidentielle

Kia Boys et réseaux sociaux : comment TikTok a accéléré les vols

Le phénomène aurait pu rester marginal. Ce qui l’a fait exploser, c’est sa viralité. Des vidéos montrant comment voler un Kia en quelques gestes ont circulé massivement sur TikTok et YouTube à partir de 2022, sous le hashtag « Kia Boys ».

On parle d’un effet de mode au sens littéral : des groupes de jeunes aux États-Unis ont commencé à voler ces véhicules pour les conduire brièvement, filmer leurs « exploits » et publier le résultat en ligne. Le vol devient un défi social, pas un acte de revente organisée.

Cette diffusion virale a eu deux conséquences directes :

  • Le nombre de vols de Kia et Hyundai a augmenté de façon spectaculaire dans les grandes villes américaines, certaines municipalités enregistrant un doublement ou un triplement des chiffres sur un an.
  • La technique s’est propagée bien au-delà des cercles habituels de délinquance automobile, touchant des zones géographiques et des profils de voleurs inhabituels.
  • Les compagnies d’assurance ont durci leurs conditions pour ces modèles, certaines refusant temporairement de les couvrir dans des villes comme Milwaukee ou Saint-Louis.

Mise à jour logicielle Kia : un correctif qui ne règle pas tout

Face à la pression médiatique et aux plaintes collectives, Kia et Hyundai ont déployé une mise à jour logicielle destinée à renforcer la protection antivol des modèles concernés. Sur le papier, le patch ajoute une couche de vérification au démarrage.

Sur le terrain, les retours varient sur ce point. L’Auto Journal a documenté le cas d’un Hyundai Tucson, pourtant équipé de cette mise à jour, volé en deux minutes avec la même méthode. Cela pose une question directe : le correctif logiciel suffit-il à compenser l’absence physique d’un immobiliseur matériel ?

La réponse courte, c’est non. Une solution logicielle peut compliquer la tâche, mais elle ne remplace pas un composant physique qui bloque mécaniquement le circuit de démarrage. Les propriétaires de modèles concernés se retrouvent dans une situation inconfortable : leur véhicule reste structurellement plus vulnérable que la concurrence, même après passage en concession.

Ce qu’on peut faire concrètement

Plusieurs mesures réduisent le risque sans l’éliminer totalement :

  • Installer un antivol mécanique sur le volant (type canne de blocage), qui ajoute un obstacle physique visible et dissuasif.
  • Faire poser un coupe-circuit caché par un électricien automobile, ce qui empêche le démarrage même si le contacteur est forcé.
  • Stationner dans un lieu éclairé ou surveillé par caméra. La majorité de ces vols sont opportunistes et rapides : tout ce qui ralentit l’opération diminue le risque.

Gros plan sur la colonne de direction d'une Kia avec un câble USB illustrant la faille de sécurité exploitée par les voleurs

Vol de Kia en France : un phénomène différent du marché américain

En France, la situation n’est pas la même. Les modèles Kia ne figurent pas en tête du classement des véhicules les plus volés. Les voitures les plus ciblées restent des modèles de Renault, Peugeot et Toyota, selon les données régulièrement publiées par les assureurs français.

Plusieurs raisons expliquent cet écart. Le parc automobile français compte proportionnellement moins de Kia que le marché nord-américain. Les modèles vendus en Europe intègrent plus souvent l’immobiliseur de série, conformément aux réglementations européennes plus strictes sur ce point.

Le phénomène Kia Boys est avant tout nord-américain, lié à des spécificités du marché local : versions d’entrée de gamme sans immobiliseur, volume de ventes massif, et culture virale sur les réseaux sociaux qui a servi de catalyseur.

Cela ne signifie pas que les propriétaires de Kia en France sont à l’abri de tout vol. Les techniques de vol électronique par amplification du signal de la clé (relay attack) touchent toutes les marques équipées de démarrage sans clé. Mais la faille spécifique exploitée par les Kia Boys ne concerne pas la majorité du parc européen.

Kia et sécurité antivol : ce que la marque a changé depuis

Les Kia produites à partir de 2022 intègrent systématiquement un immobiliseur électronique, quel que soit le niveau de finition. Ce rattrapage met fin à l’anomalie technique qui a rendu les modèles antérieurs si vulnérables.

La norme GSR2, qui renforce les exigences de sécurité sur les véhicules neufs vendus en Europe, va encore durcir les obligations en matière de protection électronique. Pour les acheteurs d’occasion, la vigilance reste de mise : un Kia ou Hyundai essence d’avant 2022 mérite une vérification du niveau d’équipement antivol avant l’achat.

Le cas Kia illustre comment un choix d’économie industrielle (supprimer un composant à quelques euros sur des millions de véhicules) peut générer une crise de réputation durable. La marque a corrigé le tir sur ses modèles récents, mais le parc existant reste exposé, et aucun rappel constructeur ne peut ajouter un immobiliseur matériel sur un véhicule qui n’en a jamais eu.

Ne ratez rien de l'actu